Première fois

Je suis arrivée depuis quelques heures, et je ne sais pas pourquoi je ne suis pas déjà repartie. Comme ça, sans bruit, veuillez bien m’excuser pour tout l’argent que le billet d’avion a couté aux donateurs, et tout le dérangement, mais j’ai fait une erreur, au revoir et sans rancune.

J’avais pris sur moi, depuis l’atterrissage au PaysDesRêves très « vert kaki de partout » mais là, on ne va pas pouvoir y arriver.

Tout allait bien jusqu’ici pourtant. Le tourbillon des entretiens, la chouette ambiance au siège, des sacs et des gens qui partent et reviennent de partout. Après un long voyage, l’arrivée à la capitale, l’accueil à bras ouverts, j’ai eu un peu l’impression d’être arrivée sur la Lune. De ne pas tout comprendre mais d’être bien préparée. Un peu inquiète aussi à propos de la sécurité et ce qui m’attend, mais pressée que tout cela devienne concret. La bonne blague.

On traverse le pays en voiture bien identifiée, je ne comprends pas grand-chose de toutes ces procédures, ces codes, les contacts avec la radio, mais ça déchire d’être là quand-même. J’ai 200$ en liquide, c’est l’enveloppe de sécurité qui m’a été confiée en cas de problème pendant la mission. J’ai tout fait comme expliqué par les autres: un peu dans la poche de mon pantalon, pour le sortir vite si besoin et les plus grosses coupures dans mon soutien-gorge. La grande classe. Après tout, si je suis venue c’est aussi pour l’aventure, on ne va pas se mentir. J’ai 27 ans, je suis une grande fille et donc je ne vais pas montrer que j’ai peur.

A l’arrivée à destination, ChefAdorable, qui coordonne le projet, m’accueille. Et il est vraiment adorable, comme un frère qui aurait fait psy. Il fait bien les choses : présentation du projet, des gens, des difficultés rencontrées, des points positifs, et de tout ce que vous voulez savoir sur le PaysDesRêves sans oser le demander. Il m’explique aussi que le chirurgien de l’équipe est un peu spécial, et qu’il m’attend de pied ferme en disant « Quand MA Sage-Feeemme sera lààààà, blablabla ». Ca promet, donc.

Nous partons pour l’Hôpital tous les deux, le reste de l’équipe y est déjà. Dans la voiture il m’explique qu’il est infirmier psy de formation et dans un rire me confie que ce n’est pas du luxe. D’emblée on s’entend bien, on a le même penchant pour le sarcasme et les blagues pourries, ça aide.

A l’arrivée, on fait le tour de l’hôpital, il me présente des tas de gens dont je ne retiens pas le nom et me montre les différentes salles : la médecine adulte, la pédiatrie, le laboratoire, les urgences, la chirurgie et la gynéco-obstétrique. Le tout dans un grand bâtiment certes en dur, mais aux couloirs en plein air où déambulent indifféremment patients, garde-malades, familles, poules et …vaches, les dernières avec des cornes gigantesques. Même sans cornes j’aurais déjà bien du mal.

Les salles sont remplies de patients allant de souriants à moribonds, avec toutes les nuances entre les deux, mais une nette majorité de bien mal en point. Trois enfants par lit en pédiatrie, installés perpendiculairement dans la longueur. Les corps décharnés en médecine interne. L’odeur du pyocyanique dans les plaies, très loin collé dans mes narines. La « salle des palus » en obstétrique, l’odeur du vomi et les gémissements. Les salles sont meublées très sommairement, avec dans chaque chambre huit lits en bois, matelas en skaï, et moustiquaires. Chaque patient apporte ses draps, des pagnes souvent.

Les militaires ont des draps fleuris kitchs, assortis à leurs valises, ca adoucit le kaki et toutes ces armes empilées finalement. C’est la première fois que je vois une arme plus grande qu’un pistolet en vrai, et d’aussi près. Et en aussi grande quantité. Pendant qu’on passe dans la salle, certains miment comment ça fait trop mal là et ici, en toussant ou se tenant le ventre. ChefAdorable ne comprend pas tout non plus, mais mi-rigolard m’explique que souvent ils en rajoutent un peu, vu qu’ils ont moyennement envie de retourner à la guerre. Ils sont dans une grande salle séparée des patients civils, pour ne pas que ça tourne mal. Bonne idée.

On arrive au bout du couloir, où se trouve une salle de consultation gynécologique très sommaire. L’unique salle d’accouchement suit en enfilade.  ChefAdorable me prévient que c’est récent, avant l’obstétrique se faisait au petit bonheur la chance (et sans chance souvent) dans une autre aile. On ne s’en occupait pas, sauf césariennes ou gros pépin. L’intérêt de créer un poste de sage-femme dans l’équipe, c’est que maintenant on va s’en occuper mieux. Mais, selon ses mots, « c’est pas triste, tu vas voir, prête ?».

La salle est basique, un genre de vieille table d’examen au plastique craqué sans protection trône au milieu, un lit, une armoire, quelques chariots qui ont perdu des roulettes et le sol en ciment peint il y a longtemps. Il y a une mare de sang sur la table et sur le sol, qui raconte à elle seule le début de l’histoire. Les caillots sont formés tout autour, et au milieu le sang est bien brillant et fluide. Au pif, ça doit faire un bon litre. Plus tard je comprendrai qu’elle a saigné seule, longtemps, sans surveillance. On suit donc les gouttes et on arrive au bloc opératoire.

L’équipe opère la femme. Son utérus montrant une grande balafre de rupture sera bientôt posé sur une table, à deux mètres d’elle. Ca gueule que ça saigne la rage, bordel de merde, que la lumière n’éclaire rien, et cette putain d’aspiration depuis le temps on pourrait en avoir une qui fonctionne et pas la brancher à l’envers.  Bref, ça chauffe et la femme saigne, beaucoup. L’anesthésiste presse deux poches de sang total (ni culots globulaires ni PFC possibles) pour accélérer la transfusion sur les 2 voies veineuses. Régulièrement il doit lâcher les poches pour reprendre la tension. Pas de scope, juste un oxymètre. Il serre les dents jusqu’au bonnet et mâche sa langue, blême. Un infirmier de l’équipe du PaysDesRêves ventile manuellement, pas de respirateur. Le chirurgien continue à gueuler sur tout ce qui bouge, sur les mains qui tiennent mal les écarteurs et sur les pinces qui ne pincent pas. Les champs opératoires en tissu ont été posés à la va-vite. Le sol autour de la table est couvert de sang, linges, compresses et pinces qui ne pinçaient pas assez.

Le bloc est grand, le nouveau-né est seul au fond, sur la table de réanimation veillotte, dans un morceau de pagne sale, immobile. On s’approche, il est livide et bleu, ne respire pas. L’infirmière de bloc (qui deviendra ensuite ma préférée de la Terre entière, appelons-la InfirmièreDeChoc) se libère et m’explique en chuchotant fort qu’ils n’ont pas eu le temps de regarder mais que le chirurgien avait dit en le sortant qu’il était foutu. Elle me demande si je veux tenter quelque chose. Ils l’ont sorti il n’y a vraiment pas longtemps mais avec le chantier, personne n’a pu donner un coup de stéthoscope. Elle repart vite instrumenter et tester la souplesse de ses tympans.

Oh, putain.

En façade j’essaie de ne pas montrer ma panique intérieure. Jamais je n’ai eu a décider si il fallait ou non réanimer un bébé « qui semble né à terme en état de mort apparente et ensuite a du attendre sur une table depuis quelques minutes, et dont on ne sait pas si il était encore vivant avant l’intervention ou déjà mort ». Il a une fréquence cardiaque vers 30/min, quelques gasps. En essayant de rassembler tous ces éléments, je conclus qu’il faut essayer de le réanimer. ChefAdorable rassemble du matériel, j’aspire sa bouche pleine de liquide sanglant et l’intube, sans trop réfléchir. Ça passe, ouf. Chef Adorable ventile et je masse. Il ne rosit toujours pas. L’unique extracteur à oxygène est pris pour la mère, le saturomètre aussi. Adrénaline dans la sonde. Toujours rien. Pas de cathéter assez petit pour le perfuser, de toutes façons je n’ai pas de mains libres et ça ne changera rien. Il n’a plus d’activité cardiaque. On continue à masser et ventiler, pas de chronomètre mais ça dure depuis trop longtemps. On arrête tout, j’enlève la sonde et enveloppe le corps dans son morceau de pagne.

Je vais le peser parce que je veux noter son poids dans le dossier. On s’en contrefout de son poids, c’est juste une lubie stupide de sage-femme bien élevée et qui remplit toujours bien ses papiers, au stylo quatre-couleurs et sans ratures. Peu importe qu’il fasse 2810g ou 3420g, il est mort car sa mère après avoir passé des heures en travail avec un fœtus en position transverse a fait une rupture utérine.

La mère d’ailleurs va un peu moins mal si j’en crois le calme tout relatif et récent qui règne autour d’elle. L’anesthésiste a déjà compris et me fais une moue de soutien désolée, j’annonce le décès du nouveau-né aux autres. Le chirurgien tout en continuant à fixer son champ opératoire réplique que de toutes façons, je ne suis pas venue faire de la pédiatrie, n’est-ce pas. Tout fort. Devant tout le bloc, dont je ne connais encore personne, et avec ce petit ton condescendant si reconnaissable quand tu es une fille et pas chirurgienne en plus. Pire, sage-femme, imagine. Je sais déjà qu’il va me plaire lui. Je sais aussi que la délicatesse verbale n’est pas un trait acquis fréquent dans son univers, je ravale mon humiliation en ruminant. Connard.

Il faut sortir annoncer le décès du bébé et la situation de sa mère aux proches dans le couloir. Plusieurs vieilles femmes et le mari qui attendent patiemment depuis tout à l’heure en fixant le sol. C’est difficile de savoir si ils sont inquiets, et ce qu’ils savent déjà de la situation. Un infirmier du PaysDesReves vient avec nous, il va traduire, et surtout m’aider à ne pas faire de gaffes culturelles trop grosses.

Je m’entends expliquer doucement au mari la rupture utérine, que le bébé n’a pas survécu malgré les soins et l’opération. Les femmes gémissent et tournent derrière lui. C’est une sorte de danse pour les morts, explique l’infirmier, les gens des campagnes font ça. Le mari n’a pas de questions, il dit tristement que ce n’est pas grave pour le bébé, qu’il va s’occuper de l’enterrement, chez eux. Par contre il n’a pas d’argent pour le transport. Il habite loin, dans les collines, et le chauffeur du minibus demande cher à cause des embuscades. C’est cher même avec un cadavre sur les genoux, et le reste du minibus plein bien entendu.

J’ai la nausée. ChefAdorable explique qu’on va payer son transport, et que les soins de sa femme sont gratuits, pas d’inquiétude. Parce que le meilleur au PaysDesRêves, c’est que les soins sont payants et inabordables pour tous ou presque. Tant que la facture n’est pas payée, le malade reste détenu à l’hôpital. C’est environ 100 Euros la césarienne, l’équivalent de trois mois de salaire d’une infirmière. Je ne veux même pas savoir si il y a ou non un cachot pour les endettés pour l’instant. La logistique réglée, j’explique que sa femme est vraiment instable, que maintenant ça a l’air d’aller un peu mieux, qu’il faut voir comment vont se passer les prochaines 24 heures. Ca réconforte de lui parler, bizarrement. Comme si ça faisait revenir à la réalité. Il n’y a pas de morgue, alors il part avec le corps de son enfant pour arriver avant la nuit chez eux. Ils ont 4 autres enfants vivants. Il n’y a pas d’État Civil ici, juste un registre à l’hôpital, celui de la facturation.

La nausée est vite remplacée par un état de choc, de ralenti. Tout ce qui parvient à sortir devient « Mais, mais, …mais », entrecoupés de soupirs, en regardant partir cet homme maigre et vouté, avec le petit corps. ChefAdorable a compris depuis longtemps, et m’emmène pour fumer une cigarette dans la cour arrière de l’hôpital. Il me donne ce qu’il lui reste de papier toilette dans ses poches pour sécher mon nez et mes yeux. Je vide mon sac, sur tout ce bordel qui vient de se passer. Que l’hôpital est sale, pue etc. , ce n’est pas un hôpital, d’ailleurs, plutôt un mouroir et la salle d’accouchement une catastrophe. Je sais bien que le boulot ici va être dur, et que la priorité ça va souvent être de sauver la mère.

Et pourquoi je l’ai intubé ce bébé, hein, non mais ça va pas d’intuber des morts! Et si ce bébé était reparti, qu’aurait-on fait ? Il n’y a aucun service de réanimation néonatale, ni dans l’hôpital, ni au niveau du pays tout entier. Et, et, …et. Je lui vomis verbalement ma panique.

Il me rassure, c’est normal d’être choquée, on l’est tous plus ou moins et que ça sort de travers chez certains. Que le PaysDesRêves, c’est la merde et c’est quand même un peu à cause de ça qu’on est là. Rien ne changera vite, tout est compliqué et certaines choses ne changeront pas tout court, mais petit à petit ce service de gynéco-obstétrique va devenir moins pire. Il en est sûr parce que c’est beaucoup moins pire qu’ailleurs. Et c’est pour ça que je suis venue. Il partage mon point de vue sur ChirurgienPénible, il adore le surnom même. Je lui sauterais presque au cou, et j’ai aussi presque arrêté de pleurer. J’aimerais avoir son recul et sa compréhension, et j’en suis tellement loin.

Il essaie une blague sur la clôture qu’on vient de construire autour de l’incinérateur à déchets hospitaliers, et sur le tas de compresses souillées en plein air dans l’enclos. Dommage, avant au moins les enfants pouvaient jouer avec, ça les occupait un peu. On éclate de rire (ceci n’est bien entendu que du sarcasme défensif devant une situation hautement anormale. Je n’ai jamais trouvé drôle qu’un enfant joue avec des aiguilles ou des compresses sales, ChefAdorable non plus, promis).

La femme sort du bloc et ne va pas trop mal considérant la situation. Elle a même uriné quelques millilitres, youpi. L’anesthésiste fait un dosage de l’hémoglobine avec un hémocue. Un ancien modèle, manuel. Il me montre comment lire le taux d’hémoglobine approximatif en comparant avec des disques de couleurs dans des espèces de petites jumelles (sauf qu’on ne voit ni Mickey ni Notre Dame de Lisieux dedans en tournant la molette). Elle a environ 5-6 g/dL, pas si mal, trouve-t-il. Il n’y a pas de salle de réveil, alors elle restera en surveillance dans le sas entre le bloc et le couloir. Un tour dans le service pour rencontrer la surveillante, qui ici s’appelle ChefDePoste, et on rentre au bureau. En fait il avait tout calculé, ChefAdorable, pour pas qu’on reste trop longtemps, la première fois.

Le soir venu, toute l’équipe est rentrée à la maison-bureau, le repas ordinaire est amélioré par  les victuailles que j’ai religieusement apportées : un demi Brie de Meaux, un Chinon et un Bergerac, du saucisson, du chocolat.  Le médecin finit le vin au goulot entre 2 tranches de saucisson en expliquant qu’il fait le Ramadan inversé. Pendant ce temps deux autres lèchent le papier du Brie. InfirmièreDeChoc a décidé de manger le chocolat en entrée et personne ne la fera changer d’avis. Elle décrète haut et fort que mon arrivée est une grande victoire sur la quantité de testostérone dans cette équipe, et que c’est pas trop tôt. Ca doit être un effet secondaire du mélange Chinon-chocolat, en plus du soulagement certain de ne plus être la seule. ChirurgienPénible qui n’aime ni les oestrogènes, ni le roi des fromages lit avidement le dernier Marie-Claire et ça lui donnerait presque un air humain.

Finalement je vais rester, je crois. Enfin pour la question des six mois de mission qui sont prévus, on verra ça demain après la première vraie journée et nuit de garde. Une première fois à la fois.

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47 réflexions sur “Première fois

  1. Premier commentaire…
    Merci à toi de partager cette expérience aussi difficile. J’admire ton courage d’avoir fait le choix de partir au secours de ces populations…
    Hâte de te lire encore!

    • SophieSF dit :

      merci:) comme tu es la premiere à commenter, tu gagnes un bisou (tout se mérite:-D)
      Le courage je sais pas, tu sais…on a tous une raison de faire telle ou telle chose. Ca m’a aussi beaucoup apporté, pas seulement des cheveux blancs, hein, dans le genre coups de pieds au c*# c’est pas mal aussi. Ca rend un peu sombre aussi malheureusement, ça touche de très petits nombres de personnes en fait. La plupart n’y auront pas accès. Je suis pas mal sûre que tu as une bonne raison aussi d’être devenue docteur, non?

      • Micky dit :

        J’ai adoré, mais en même temps ça m’a fichu la trouille, parce que je pars en mission humanitaire en Septembre en tant que chirurgien-dentiste.
        J’espère que cette expérience sera moins « hard » que la tienne!!

      • SophieSF dit :

        ah bah non, faut pas avoir peur! Donc je ne te raconterais pas la petite salle du « dentiste » (beaucoup de guillemets) dans cet hôpital du PaysDesRêves;) Ca faisait beaucoup de blagues dès que l’un d’entre nous se plaignait d’une vague petite douleur dentaire, ça allait tout de suite mieux…
        Tu vas où, si c’est pas indiscret? Tu sais qu’une grande grande dame de l’humanitaire étais une chirurgien-dentiste?
        Bonne mission!

  2. mmedejantee dit :

    Heureuse que tu te sois finalement décidée à écrire… ton témoignage est précieux. Dire que j’admire profondément ton cran est trop fade, trop banal, insensé pour ceux qui vivent ce quotidien chaque jour de leur vie. Longue vie à ce blog!

    • SophieSF dit :

      MErci! ah oui, hein, là je dis beaucoup trop moi-moi-moi, mais les petits malheurs de la SF qui part en mission ( et revient un jour dans son appart avec son frigo plein) c’est pas bien grave à côté de ce que vivent les personnes qui subissent ces situations intenables. Le prochains articles, devraient être un peu moins mon nombril-et-pauvre-de-moi. Cela dit, quand ça s’est produit, j’étais plutôt perturbée par tout ça et je ne faisait pas trop le tri. Je vieillis, peut-être;)

      • mmedejantee dit :

        Ah non ah non ah non, c’est pas du tout ce que je voulais dire!!!! Tu es partie, tu as donné de ton temps de ton énergie, tu as accepté d’ouvrir les yeux, de pousser la porte, de rester… Je t’admire voilà!! Il n’y a rien à ajouter!!

      • SophieSF dit :

        Aaah, d’accord, c’est pas grave du tout:) oui pour le temps et l’énergie. Le reste en fait ça me plaisait, pas obligée de rester, jamais, sauf quand tu peux pas partir;)

  3. LeCoquelicot dit :

    Quel choc de vous lire! On oublie trop souvent comment c’est, ailleurs.. Bienvenue sur la toile et impatiente de lire encore votre quotidien AuPaysDesReves.

    • SophieSF dit :

      merci pour les gentils mots! Mais faut pas hésiter à me tutoyer surtout , c’est autorisé sinon je déprime+++parce que je me sens encore plus vieille:-D On est entre nous, n’est-ce pas ;) La suite viendra c’est sûr, je sais pas encore quand. J’ai mis 8 ans à trouver à peu près les mots pour ce billet, j’ai donc une bonne marge de progrès, normalement;)

  4. farfadoc dit :

    Bravo pour ce premier billet… percutant!
    Je termine la lecture avec la sensation d’avoir pris un coup dans le ventre. Mais c’est un choc nécessaire, parce que punaise, c’est bien aussi de se rappeler qu’on a des conditions royales pour travailler par ici.
    Par contre maintenant, tu es un peu obligée de nous raconter la suite de tes aventures avec ChefAdorable, ChirurgienPénible et InfirmièreDeChoc!

    • SophieSF dit :

      merci, suis très touchée:) oui, la suite, mais c’est pas facile à accoucher ces bestioles-là. Suis pas une rapide, pour accoucher, mais paraît que ça s’améliore avec la parité, on va voir;) En tous cas j’ai moins peur maintenant:)
      Après, certaines situations bien occidentales sont finalement assez proches de certaines là-bas, même souffrance et même nature humaine, vraiment. Après, on est d’accord que les conditions sont sans comparaison.

  5. Je voudrais dire que « ça fait toujours ça la première fois ». Mais c’est ironique, bien sûr, de cette ironie dont on a tant besoin lorsqu’on est face à l’insurmontable des tous ces « PaysDesRêves ». Merci d’en parler si bien!

    • SophieSF dit :

      Mouahaha, j’avais failli le mettre en sous-titre en plus, et puis j’ai trouvé ça un peu too much et je me suis dégonflée :-p
      L’humour est la politesse du désespoir (B.Vian). C’est vrai que j’en parle pas dans ce billet de début, et j’ai beaucoup hésité de mettre la blague sur les déchets, mais on a aussi beaucoup rigolé, parfois. Merci de comprendre çà!

      • Je ne le comprends que trop bien, pour être passé par là aussi ! Des expériences dans des « PaysDesRêves, autrement appelés « PaysBizarre » par ceux qui ne me comprenaient pas.
        Si j’arrive à m’occuper plus sérieusement de mon blog, je publierai de ces expériences… mais pas aussi poignantes, je dois dire. Dans l’agriculture, l’apparence est moins flagrante, même si la douleur humaine reste la même. A bientôt de te lire !

  6. John Snow dit :

    Et bien, Quelle entrée en matière!
    La suite, vite! ;)

    • SophieSF dit :

      euh oui alors si tu me cherches pour la suite, hahem, je dirais rien mais bon;) Alors que tu devrais, GO!(c’est toi qu’a commencé). Et j’ai pas trouvé de surnom pour cet anesthésiste… Ceux qui arrivent après je les ai à peu près, mais lui je sèche. AnesthésisteSympa, c’est trop culcul, stressé c’est vrai mais il était chouette, bref…

  7. Beau billet ! Hâte de suivre tes aventures ….

    • SophieSF dit :

      Merci!! D’autres suivront, quand ils seront écrits-ré-crits;) C’est pas tout qui peut se raconter, alors je trie, et quand ça marchera je posterai la suite.

  8. B. dit :

    Rude, cette réalité.
    Merci de nous la faire partager.
    Bonne continuation au PaysDesRêves.

    • SophieSF dit :

      En fait le récit va continuer, dans ce PaysDesReves et dans d’autres, mais je n’y suis plus. C’est mon carnet de souvenirs, je crois que pour mettre le lien c’est comme ça pour expliquer :
      La réalité a un peu changé, la guerre est finie en grande partie. Mais les gens payent toujours pour leurs soins, le recouvrement des coûts au pays des rêves, ça marche pas en général. Merci pour ton commentaire

  9. lorieBN dit :

    Bravo,
    Très juste, surtout le contraste entre l’effervescence qui règne au siège et le choc de l’arrivée.
    J’ai connu aussi, plusieurs fois, et écrire m’a été parfois d’un grand secours. Bien sûr j’ai envie de savoir la suite, mais aussi envie de savoir où se trouve PaysdesRêves sur la carte où il n’y a pas de frontières. (Même si, je te l’accorde, c’est uniquement pour satisfaire ma curiosité perso).
    J’attends avec impatience un billet sur ton retour au PaysdelaNormalité. Un choc aussi, non?

    • SophieSF dit :

      Merci! Beaucoup.
      Pour le pays, pour l’instant je réfléchis, et je n’ai pas encore la justesse de ton nécessaire pour dire où c’est. Mais promis je continue à y réfléchir et te dirait si ça marche! Il va y avoir de plus en plus d’indices aussi, je penses que tu comprendras facile.
      Et oui, un billet sur les retours et ce décalage à la con, les soldes ou le millefeuille dont tu rêvais depuis 9 mois et finalement tu en chialerais presque:( Je sais pas encore comment je vais tourner ça. Le compte en banque aussi, tiens:-D même si je referais tout pareil aujourd’hui, sans hésiter.

  10. Dr H1N1@tamimi2213 dit :

    J’aime le titre de ton blog, ton écriture et que tu ais quand même décidé d’intuber le bébé….
    Tu vas devoir continuer ♥

    • SophieSF dit :

      Merci! (sais pas faire les coeurs, comment tu faiiiis?)
      Cette histoire d’intubation m’a poursuivi un long moment. Ma conscience a fait le yoyo avec longtemps disons:( et là, pfioouout, elle est enfin partie, l’histoire. Et hop, 2 séances de psy en moins, ça se fête:)

      • Oxymore dit :

        Comme ça: ♥

        :P
        Bon, ok: tu appuies sur la touche Alt et sans la lâcher tu appuies sur le 3 du pavé numérique.

        Et sinon, merci d’ajouter un blog à lire dans mes blogs médicaux. Comme quoi on aime se prendre des baffes…

      • SophieSF dit :

        ha, merci pour les £, £, £ flutalors, ça ne fonctionne pas sur mac, en essyant les autres touches : €, ∞ , } ¡ ,£, , µ, ∫, √, ƒ;) pas grave, merci beaucoup quand-même;) et d’avoir lu. Désolée pour la claque:s

  11. DocteurOldfab dit :

    Pan!!!
    C’est percutant, c’est fort, c’est tout sauf megaloblogger, ça transpire le talent, la suite, vite!!

  12. Moi dit :

    Magnifique!!! Merci! J’ai hâte de lire la suite, un peu peur aussi, faut bien dire…

  13. openblueeyes dit :

    Bravo pour l’expérience et pour le billet… pas facile à raconter en effet.
    Et certainement pas facile non plus d’aller là bas après une formation ici. J’ai eu la chance d’aller dans un « PaysDesReves » sans doute pas trop loin, en étant encore étudiante. Je ne savais pas réanimer un bébé, intuber, ventiler… Je pense que je serais trop révoltée si j’y retournais maintenant, que je ne saurais pas accepter certaines choses avec la même fatalité… Bravo, donc :)

    Et on attend tous la suite maintenant :)

    • SophieSF dit :

      merci! oui, révoltée surement, perso j’aurais jamais osé partir en étant étudiante. J’étais bien contente d’avoir appris et pratiqué avant de me prendre tout ça dans la poire. Il était facile à intuber, lui, sinon, zéro mérite.
      C’est sain la révolte, je trouve, enfin suis pas tout à fait objective peut-être.
      Oui, oui, hahem, la suite, bien copié;) bientôt…

  14. MamaCaroline dit :

    J’aime !

    Je ne connaissais que de très loin le métier de sage-femme avant d’en rencontrer pour ma préparation à l’accouchement et la suite. C’est un chouette métier très mal connu. Ma SF de prépa et RP est formidable !

  15. Lydie Lhyla dit :

    Terrible (dans le sens premier du terme) est le 1er mot qui me vient.
    Les conditions racontées me font demander comment tu as réussi à être/te sentir utile puisque tu es restée et que cela date de 8 ans déjà. Dans ces conditions… peut-on parler de soins ? Pourquoi envoie-t-on des équipes sans matériel ???
    En tout cas, tu racontes bien et ton écriture (ta façon d’écrire) est inspirante.

    • SophieSF dit :

      Merci! Attention quand-même, mon billet raconte juste mes premières impressions. Ce n’est ni exhaustif ni représentatif de l’ensemble des soins apportés à la population, ni de la situation du PaysDesRêves.
      Pour information, le territoire couvert par cet hôpital recensait 400.000 habitants dont plus de 200.000 déplacés internes dans des camps, un seul hôpital public bien mal en point, un niveau de pauvreté parmi les plus catastrophiques au monde, 8 ans de guerre civile, 42-46 ans d’espérance de vie, etc. Un genre d’enfer sur Terre pour les gens, la merde quoi, même si on pouvait trouver pire ailleurs encore…
      Le but du programme était d’apporter des soins médicaux et chirurgicaux sous différentes formes (hôpital, dispensaires mobiles, etc.) aux gens qui en avaient le plus besoin et qui étaient privés de soins. Le programme chirurgical était relativement récent, l’obstétrique commençait tout juste.
      Les équipes ont du matériel, mais mettre en oeuvre un programme qui fonctionne correctement, ça demande beaucoup de temps, de sous (il y en avait, plein, là), etc. et ça n’avance pas vite. Chaque petite amélioration est déjà une grande victoire, et oui c’est révoltant que ça n’aille pas plus vite. Une organisation humanitaire ne va jamais remplacer un ministère de la Santé, non plus tu sais.
      Je suis restée parce que je le voulais bien, que j’y trouvais mon compte de satisfaction personnelle, parce que je voulais que ça marche et que la bête est têtue-bornée (sage-femme quoi, hahaha).
      Mais ch’suis rentrée, et repartie depuis, hein, d’ailleurs la guerre est terminée dans la province. L’accès aux soins est compliqué++, c’est pas le Pérou du tout, mais il n’y a plus de critères de situation d’urgence en terme de mortalité. Je sais pas si du coup c’est un peu plus clair :-s

  16. annlorr dit :

    Je ne sais pas si je suis émue, choquée, attristée, amusée, touchée, … Je pense finalement à un véritable melting pot de tous ces sentiments !
    Bravo d avoir si bien retranscrit, via ton billet, ce passage de ta vie !!
    J avais envie d en lire plus… J étais captivée et pourtant… Je n aime pas lire !!! ;)

  17. missthelma dit :

    wouah….larmes aux yeux, emue…beau!

  18. En janvier 2008, j’ai passé un mois à Madagascar, où j’ai vu des femmes accoucher sur les trottoirs de Tana, des nouveaux-nés changés de chiffons sales en chiffons sales à même le sol. On relativise terriblement nos gueulantes sur nos grossesses surmédicalisées ici…

    • SophieSF dit :

      Oui, c’est très dur quand on réalise les conditions de survie des gens dans certains coins du monde. Et le peu d’espoir d’arriver à des conditions décentes d’existence est révoltant. Madagascar, c’est hard. Le système de castes, etc. Et c’est super de voyager, ça nous ouvre les yeux, même si ce qu’on voit:-/
      Après la périnatalité en Occident, vaste débat;)
      Merci d’avoir partagé ton expérience! Je découvre avec plaisir de nouvelles perspectives, c’est précieux.

  19. virginie olesmains dit :

    Je reste sans voix…. ça pourrait être la première page d’un roman sauf que ça n’en est pas un….merci pour la claque que tu nous mets en écrivant ton expérience, on a trop souvent tendance à oublier qu’on a une chance incroyable:!!!!

    • SophieSF dit :

      décidément, que de claques, je pensais être bien plus pacifiste que ça, flute ;)
      Et bien d’accord pour la chance incroyable…
      Merci d’avoir lu!

  20. Mariposa dit :

    Merci de partager ce que tu vis… certaines de tes observations me font penser aux commentaires d’une « collègue » après un séjour dans un projet au Congo lorsque j’étais volontaire européenne dans une ong espagnole. ça me rappelle aussi, mais dans une moindre mesure, l’hôpital qu’on nous a fait visiter lors du voyage d’immersion que j’ai effectué au Zimbabwe en 2007 avec une ong belge. On était là pour voir et témoigner au retour et la visite de l’hôpital nous a tous un peu gênés : ce n’était pas notre place (aucun de nous ne travaillait dans ce domaine), nous étions de simples bénévoles donc pas de pouvoir sur les futures décisions de l’ong et puis surtout on pensait à ce que les patients devaient penser de ces cinq jeunes, ces intrus (c’est comme cela que nous nous sentions), que l’on baladait dans leur chambre…

  21. Cath dit :

    La bonne dose d’humour (ce qui n’est pas facile vu ce que tu as à raconter) et un vrai talent d’écriture… Ton blog entre dans mon panthéon, derrière Justeaprèsdresseused’ours… mais pas loin derrière !! La variété humanitaire des SF est rare et précieuse !

    • SophieSF dit :

      ouhlala, faut pas me dire des choses comme ça, je vais rougir, rougir;) Euh, je suis loin loin derrière.
      Merci beaucoup pour ton enthousiasme en tous cas, et pour les compliments…

  22. One Day ... dit :

    Bon, j ai décidé de faire les choses dans l ordre :)
    J ai tout bien lu le préambule, et je remonte dans le temps !
    C est une arrivée qui me semble toute a fait raccord avec ce que j ai pu lire de la suite – prometteuse !

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